Fidji – Viti Levu – Suva

La météo et des envies de découvrir la culture indienne nous font faire un détour entre les Tonga et la Nouvelle Calédonie. Les Fidji sont la porte d'entrée officielle de la Mélanésie pour les voiliers qui viennent de l'est. Peuplées initialement d'indigènes mélanésiens, les Fidji furent colonisées et occupées par les britanniques pendant la période coloniale. Ces derniers y importèrent des émigrés indiens pour les cultures coloniales, principalement la culture de la canne à sucre. Aujourd'hui, la communauté indienne représente environ 40% des 900 000 personnes qui composent la population, ce qui politiquement et socialement n'est pas sans poser de sérieuses tensions. Géographiquement composés de quelques 322 îles, les deux principales, montagneuses, sont Viti Levu et Vanua Levu. Notre seule escale sera sur Viti Levu, dans la capitale Suva. C'est une capitale de taille modeste, dont on peut faire le tour à pied en moins d'une journée. Toutefois, comme toutes les villes d'une certaine taille, les nuisances urbaines sont bien présentes. La population qui déambule dans les rues est très hétéroclite, à dominante mélanésienne et indienne : des femmes en sari indien, des indiens habillés à l'européenne version indienne, des musulmans, des hommes portant des turbans, des mélanésiens, des chinois... Nous découvrons un marché extraordinaire, comme nous n'en avions plus vu depuis le marché de Castries, à Ste Lucie, aux Antilles. Il y a profusion de fruits et légumes de toutes sortes sur une multitude de petits étales, à même le sol sur de simples bâches, ou dans des brouettes. Le marché aux produits de la mer est incroyable. Nous découvrons des variétés d'algues comestibles aux formes bizarres, des concombres de mers cuisinés, des chitons que l'on croyait immangeables. Parmi les crustacés on trouve des crabes de palétuviers et des crabes de terre saucissonnés par des brins de raphias les rendant totalement inoffensifs. Les poissons ne sont pas en reste, mais leur fraîcheur est très aléatoire, allant du très frais au franchement pourri. Nous découvrons également un marché aux épices, massala, curry, poivre, cumin... culture indienne oblige. Nous découvrons également de nombreux stands dédiés à la vente du Kava, culture mélanésienne oblige. Cette racine sert de base à la préparation d'une boisson relaxante, anesthésiante et anxiolytique fort appréciée dans toute la Mélanésie. En bon français amateur de bonne chaire, nous remplissons nos cabas de nombres de ces produits. La plupart des commerces sont tenus par des indiens ou des chinois. Au regard de la constitution fidjienne ces deux ethnies ne sont pas des fidjiens à part entières – seuls les mélanésiens le sont - et n'ont par conséquent pas le droit de posséder de terres. Ils ont donc investi massivement dans les activités commerciales. La découverte de la culture indienne passe par la visite de nombreux commerces ou nous découvrons les tenues vestimentaires indiennes dont les incontournables sari. La partie féminine de l'équipage en profite pour faire des essayages et craque sur certains modèles, d'autant que les prix sont incroyablement bas pour notre pouvoir d'achat européen...Nous tentons aussi la cuisine indienne authentique mais cette dernière est décidément trop épicée. Nous y préférons la cuisine asiatique, plus raffinée, également bien présente à Suva. Une fenêtre météo favorable et nous repartons ravis et totalement dépaysés de cette escale d'une semaine. Nouméa – Nlle Calédonie – position : 22°16,47 S – 166°25,74 E

Archipel des Vava'u – Iles Tonga

Les Tonga sont une monarchie constitutionnelle, la seule du Pacifique. Le roi règne sur quelques 110 000 sujets d'origine polynésienne. Le pays ne fut quasiment jamais colonisé, si ce n'est par des missionnaires très actifs qui ont laissé aujourd'hui des églises catholiques, méthodistes, adventistes, protestantes et autres églises de Jésus Christ des Saints des derniers jours nombreuses, comme dans toute la Polynésie. Les Tonga sont formées de plus de 170 îles réparties en trois principaux groupes. Le pays s'étale du nord au sud sur plus de 700 km. La capitale, Nuku Alofa, se trouvant dans le groupe sud. Le pays, dont l'économie est restée essentiellement rurale, a gardé des traditions culturelles fortes. La majorité des ces îles sont des blocs coralliens soulevés par les mouvements tectoniques, mais il y également des îles volcaniques. Les Tonga possèdent encore quatre volcans en activité et se situent sur une zone de forte activité sismique et volcanique sous-marine. L'archipel des Vava'u forme le groupe central, avec une quarantaine d'îles coralliennes en plateau, qui pour les plus petites émergent de l'eau tels de petits champignons vésiculeux. La morphologie de ces îles tranche nettement avec nos précédentes escales de Polynésie française, composés soit d'atolls, soit d'îles hautes d'origine volcanique. Le dépaysement est également totale avec la population. De nature tranquille et souriante, les tongiens ont des tenues vestimentaires étonnantes. Le noir est une couleur dominante chez les deux sexes. Les hommes portent des sortes de jupes longues, qu'ils recouvrent le plus souvent, comme chez les femmes par un carré de feuilles de pandanus tressées finement. Nous assisterons avec émerveillement à l'office dominicale de l'église catholique. C'est à cette occasion que nous assisterons à une débauche de toilettes et de tenues vestimentaires plus exotiques les unes que les autres. Le contraste des couleurs végétales et du noir des tissus sous-jacents est du plus bel effet. Bien sur nous retrouvons aussi, comme partout ailleurs sous les tropiques, l'universelle tenue T-shirt, surfshort et claquettes (tongues). Le marché, de taille modeste, offre quotidiennement, de nombreuses variétés de taros, ignames, patates douces, et autres bananes, base de l'alimentation de la population locale. On y trouve également d'autres variétés de fruits et de légumes, telles les tomates ou les concombres, plus destinés aux touristes et autres nombreux yachtmen de passage. Notre deuxième étonnement fut l'omniprésence des cochons partout dans ces îles. Dès que nous quittons le centre de Neiafu, la capitale des Vava'u, pour ses faubourgs, c'est-à-dire que nous parcourons quelques centaines de mètres, ils sont là, dans les jardins, dans les rues, innombrables, de toutes tailles. Lorsque nous visitons le moindre petit village, ils sont toujours là. De fait, rien de comestible ne traîne et l'herbe est bien rase. Les habitations sont ceintes de tôles afin de parquer ces animaux. Certains villages, même, sont entièrement clôturés. Vous devez passer un portail pour y entrer. Qui sont les véritables maîtres des lieux : hommes ou cochons ? La plupart des villages sont désertés en semaine par une grande partie de leur population humaine. Un effet pervers de la scolarisation fait que les familles accompagnent leurs grands enfants à la capitale provinciale, Neiafu, pendant la semaine. Ils délaissent alors leurs activités de pêche et agricoles traditionnelles au profit d'une vie citadine. Les champs sont également très bien clôturés afin que ces bestioles ne saccagent pas les diverses cultures vivrières. Ces dernières n'occupent qu'une faible surface et nous nous promenons dans des cocoteraies et des forêts jardins où poussent d’innombrables corossoliers. Les eaux tranquilles et profondes de l'archipel des Vavau sont une étape de la migration annuelle des baleines. Nous en observerons plusieurs pendant notre séjour. Un baleineau nous gratifia de splendides sauts. Nous approcherons de très près un adulte, qui entre chaque observation effectuait des apnées allant jusqu'à 25 minutes ! Baie de St Vincent – Nlle Calédonie – position : 22°04,6 S – 166°07,1 E

Atoll de Suwarrow

Situé à mi-chemin entre Bora-Bora et les Samoas, l'atoll de Suwarrow appartient aux Iles Cook. L'île, inhabitée, fût découverte en 1813 par le navire russe Suvorov qui naviguait du nord de la Russie vers l'Alaska, alors territoire russe. La découverte en 1876 d'un trésor inspira Robert Louis Stevenson pour l'écriture de son célèbre roman « L'île au trésor ». Perdu dans l'immensité du Pacifique sud, cet atoll insolite est aujourd'hui connu pour avoir été le lieu de villégiature de Tom Neale, un personnage hors du commun qui décida de venir passer plusieurs années dans le plus total isolement sur cet atoll perdu. Il y vécut une vie de solitude, pendant une vingtaine d'années (à partir des années 50), ponctuée de rares visites dont celle de Bernard Moitessier et aménagea son petit coin de paradis sur Anchorage Island, un îlot de taille respectable pour ce genre de vie, huit cents mètres de long par trois cents de large. Les mémoires de son expérience extraordinaire à Suvarov sont publiées dans « Robinson des mers du sud – Tom Neale », pour les curieux. De nombreux voiliers font actuellement escale dans ce coin isolé. Nous en compterons jusqu'à presque trente durant notre semaine passée à cette escale. Aujourd'hui Parc National des îles Cook, l'atoll est habité six mois par an par deux gardiens qui conservent l'endroit dans son état originel, jusqu'à l'excès et au ridicule, sans pour autant oublier de prélever une dîme de 50 USD à chaque voilier de passage. Les règles sont strictes : interdiction de ramassage de coquillages, de chasse sous marines, de faire du feu, de dormir sur l'île, de débarquer sur les autres îlots de l'atoll, de mouiller ailleurs qu'à Anchorage Island... Mais paradoxe à tout ce fatras de règles, les deux fonctionnaires qui font office de gardiens ont avec eux six mois de vivres en conserves, ne font pas même l'effort de faire un potager ou d'avoir quelques poules et cochons tel que Tom Neale le faisait à son époque. L'esprit qui habite les instances responsables du Parc National de Suvarov doivent être quelque peu dérangés, surtout en regard de l'extrême isolement des lieux et du peu de visiteurs annuels. C'est dans les eaux de Suwarrow que nous aurons vu le plus de requins. A peine l'ancre posée que quelques requins pointe noire rôdent autour du bateau. En soirée, alors que nous plongeons pour constater que l'ancre est coincée sous une patate de corail, ce sont des dizaines de requins de la même espèce qui nous tournent autour. Les jours suivants, nous observons également des requins pointe blanche et des requins gris. Ces derniers, de part leur taille et leur caractère sont plus inquiétants. Les eaux de Suwarrow nous auront également permis d'observer des raies manta en train de se nourrir ainsi que des formations coralliennes inédites aux formes de bougies fondues, de stalagmites et de drapés. Les oiseaux marins sont omniprésents sur les nombreux îlots qui parsèment le récif de l'atoll. Certains de ces motus sont des lieux de nidification de frégates, de paille-en -queue, de sternes, de pétrels...Ils effectuent un ballet aérien incessant au dessus des îlots. Ces îlots sont également habités par de nombreux crabes de cocotiers, sorte d'énormes bernards l'hermite terrestres. Ils se nourrissent de cocos. Nous en ouvrons une et ces derniers ne tardent pas à débarquer pour un festin si facile. Belle escale que cet atoll. Neiafu – Vava u – Iles Tonga - position 18°39 .6' S - 173°59.4'W

Tahiti et les îles sous le vent

Tahiti, et l'ensemble des îles plus à l'ouest, forment un archipel d'îles hautes d'origine volcanique. Chaque île est ceinturée par un lagon. Les principales sont Tahiti, Moorea, Huahine, Tahaa, Raiatea et Bora-Bora. Atterrissage à Papeete, sur l'île de Tahiti après une semaine de navigation depuis les Gambier. On retrouve tous les ingrédients de la vie aliénée occidentale : bruit, pollution excessive, crasse et ordures omniprésentes, grandes enseignes commerciales, circulation et embouteillages monstres... Le paradis tropical polynésien s'est mué en enfer torride. Toutefois, les plaisanciers en mal d'exotisme que nous sommes sont heureux de pouvoir bénéficier de cette Babylone pour y faire le plein de références gastronomiques françaises, fraîchement arrivées de la métropole par avion pour certaines, de lourdes infrastructures pour assurer la maintenance du bateau …. Nombre de polynésiens, non, la grande majorité sur Tahiti, participent sans remords à cette vie insensée. Leur culture n'est plus qu'un folklore suranné tout juste bon à leurrer les touristes en mal de dépaysement, et peut-être également à les abuser eux-mêmes sur leurs propres valeurs. Les boutiques faisant commerce de la perle noire sont omniprésentes dans toutes les rues de la ville. Cette filière n'est pas seulement réservée à l'exportation et aux touristes. La perle est portée par tous les polynésiens, de la caissière de supermarché avec son sautoir de perles noires, à la classe plus aisée, homme ou femme. Le polynésien a toujours aimé se distinguer, aussi bien avec des bijoux qu'avec des tatouages Papeete est une ville portuaire, unique centre économique et politique de toute la Polynésie, alors que le territoire polynésien s'étale sur une surface grande comme l'Europe. Le long de la RT1, route principale qui ceinture l'île de Tahiti Nui s'étale une banlieue dortoir sans charme sur une mince bande côtière. L'intérieur de l'île, dominé par de majestueux pics de basalte est encore une nature sauvage. Tahiti Iti, à l’extrémité sud-est de Tahiti Nui, contraste avec le reste de l'île. En prenant un peu d'altitude, on y trouve d'immenses pâturages, des exploitations agricoles avec des vaches laitières – à s'y méprendre avec la campagne française, s'il n'y avait le lagon en contrebas. A moins d'une heure en ferry, on trouve Moorea. En forme de cœur, dominé par des pics de basalte, cette île est magnifique. L'habitat y est dispersé et en total contraste avec celui de la grouillante Tahiti. Nous passerons plusieurs semaines en baie d'Oponohu à arpenter les nombreux sentiers qui sillonnent l'île parmi les forêts de « mape »(châtaigner tropical), les plantations d'ananas et les vestiges d'anciens marae (sites de vie des anciens polynésiens). Cent cinquante kilomètres plus vers l'ouest, nous visitons l’île de Huahine, puis celle de Tahaa. Nous retrouvons l'ambiance nonchalante de Moorea, les paysages superbes, les dégradés de bleu extraordinaires du lagon. Sous l'eau, c'est la même magie de couleurs de coraux, de coquillages et de poissons. Lors d'un départ matinal, nous croiserons à la sortie d'un lagon des baleines venues dans les eaux chaudes afin d'y mettre bas, de se reproduire et d'allaiter en toute sécurité leurs petits. Quelques dizaines de miles encore plus à l'ouest et nous voilà dans le lagon de Bora-Bora. Île centrale haute, ceinturée d'un lagon parsemé d'innombrables motus (îlots), la carte postale de la Polynésie est là. Le site est joli, mais finalement rien de vraiment plus que les autres îles, à la réflexion plutôt moins. Les fonds marins sont pauvres et le corail en mauvais état. Seules les immenses étendues de sable permettent d'observer coquillages et raies de bonnes tailles. L'égérie du tourisme polynésien est une coquille sans âme. L'île principale rassemble les quelques bâtiments administratifs. Quelques boutiques de luxe (bijoux - perles) dénotent parmi l'anarchitecture locale. Et sur quelques dizaines de mètres linéaires, on retrouve sur des boutiques le même décor que celui de leurs clones du Cap d'Agde. Le lagon est parsemé d’hôtels de luxe sur pilotis qui tels des ghettos confinent leur clientèle à un séjour onirique standardisé pour quelques centaines d'euros par nuitée. Certains de ces établissements sont fermés et affichent un état de délabrement certain. La crise économique mondiale frappe de plein fouet l'activité touristique en Polynésie, divisant par deux le nombre annuel de visiteurs en quelques années. Malgré une image forte de paradis tropical, l'archipel polynésien souffre de nombreux handicaps : éloignement géographique, éclatement du territoire, cherté de la vie... Quel avenir pour la Polynésie française ? Neiafu – Vava u – Iles Tonga - position 18°39 .6' S - 173°59.4'W